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GÉNÉRATION Z ET MONDE DU TRAVAIL : RUPTURE NÉCESSAIRE OU OCCASION RATÉE ?

  • Photo du rédacteur: Sophie BRIAND
    Sophie BRIAND
  • 14 mai 2025
  • 4 min de lecture


Il faut dire les choses clairement : un fossé se creuse entre les jeunes qui arrivent sur le marché du travail et ceux qui l’ont structuré jusqu’ici. Et à force de ne pas vouloir le regarder en face, on passe à côté de l’essentiel.


La génération Z ne vient pas répéter le système, elle vient le questionner. Et cela, pour beaucoup, c’est insupportable. Vous avez été nombreux à me faire part de vos difficultés à encadrer et manager ces jeunes.


Une jeunesse toujours suspecte de déranger : rien de nouveau sous le soleil


Accuser la jeunesse d’être paresseuse, impertinente ou dangereusement libre n’est pas l’apanage de notre époque. À chaque rupture historique, la jeunesse a cristallisé les peurs, comme si elle portait le miroir d’un monde en fin de cycle.


  • Dans la Grèce antique, Socrate lui-même s’inquiétait de ces jeunes “qui n’ont plus de respect pour les anciens, ne se lèvent plus à leur arrivée, bavardent au lieu d’écouter”.

  • Dans les années 1920, après la Grande Guerre, les jeunes s’émancipent, dansent, vivent intensément. Les “années folles” dérangent un monde moral encore figé.

  • En 1968, les jeunes rejettent l’autorité, les règles imposées, les traditions. Ils occupent la rue, les usines, les universités. Ils veulent tout repenser. Et cela fait peur.

  • À l’arrivée des générations Y, dans les années 2000, on pointe déjà leur “instabilité”, leur besoin de sens, leur rapport flou à la hiérarchie.


Aujourd’hui, la génération Z prolonge ce fil. Plus connectée, plus radicale, plus lucide encore. Elle déclare haut et fort qu’elle ne jouera pas avec les mêmes règles. Et cela dérange. Non parce que c’est un caprice. Mais parce que cela dévoile ce que nous ne voulons plus voir.


Un rapport au travail qui détonne


Nés entre 1995 et 2010, les jeunes de la génération Z ont grandi dans un monde instable : crises écologiques, sanitaires, économiques, perte de confiance dans les institutions. Leur regard sur le travail est profondément marqué par cette réalité.


Ils ne croient plus à la sécurité de l’emploi. Ils ne veulent plus d’un travail qui épuise. Ils refusent de sacrifier leur santé mentale, leur temps ou leur intégrité au nom d’un modèle qui leur semble vide de sens. Ce qu’ils cherchent ? Du réel. De la cohérence. De la liberté. De la reconnaissance immédiate.


Ils ne sont pas “paresseux”. Ils sont éveillés. Et ils n’attendront pas dix ans pour vivre ce qu’ils estiment légitime dès maintenant.


Une fracture générationnelle évitable


En face, les générations précédentes ont dû se battre pour se faire une place. Travailler dur. Se taire. Rentrer dans les rangs. Elles ont souvent appris à survivre dans un système contraint, sans trop poser de questions. Alors voir débarquer une jeunesse qui conteste tout, sans même avoir “fait ses preuves”, ça provoque une tension, parfois une violence.


Mais ce n’est pas un conflit personnel. C’est un choc de culture. Et si l’on ne crée pas d’espaces pour le traverser, on risque de produire des murs à la place de ponts.


Quelles pistes pour transformer plutôt que s’opposer ?


Pour les employeurs et les organisations :


  1. Clarifier le projet collectif. Pourquoi l’entreprise existe-t-elle ? Quel est son impact, au-delà du profit ?

  2. Soigner l’accueil. L’onboarding n’est pas une formalité. C’est un acte de lien.

  3. Alléger les injonctions contradictoires. Moins de règles inutiles, plus de confiance encadrée.

  4. Former les managers à la relation. Il ne suffit plus de “gérer des équipes”, il faut savoir incarner l’accompagnement de manière juste.

  5. Faire de la place à la parole. Instaurer des cercles de discussion, du mentorat croisé, du feedback réel.

  6. Mesurer autrement la performance. Quitter la culture de la présence pour entrer dans celle de la contribution.



Pour les jeunes professionnels :


  1. Comprendre les codes pour mieux les transformer. Rien ne s’impose sans conscience du terrain.

  2. Exprimer ses attentes avec clarté et respect. Poser ses limites n’est pas imposer sa loi.

  3. Sortir de l’attente magique. Le travail ne comblera pas tous les manques. C’est une sphère de la vie parmi d’autres.

  4. Construire, pas seulement dénoncer. Oser proposer. Prendre sa place sans la voler.

  5. Accepter que tout ne se fera pas en un clic. La confiance, la liberté, l’autonomie se tissent. Elles ne se décrètent pas.



Ce qui se joue ici est bien plus grand


Il ne s’agit pas seulement de « gérer » une nouvelle génération. Il s’agit de repenser le pacte social. Le travail n’est plus seulement un lieu de production. Il devient un lieu de relation, de transformation, d’engagement volontaire.


Ceux qui s’obstinent à maintenir l’ancien monde perdront plus que des talents : ils perdront le sens même de leur mission. Ceux qui osent accueillir la bascule ont l’occasion rare de créer des environnements vivants, fertiles, justes, où les générations coexistent, se parlent, se challengent, se respectent.


Le futur du travail ne se fera pas contre les jeunes. Il se fera avec eux. À condition que chacun accepte de se déplacer. Et que l’on cesse de confondre fidélité au passé avec refus du présent.

 
 
 

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