Charge mentale et risques psychosociaux : quand le travail épuise les femmes en silence
- Sophie BRIAND

- 6 juil. 2025
- 4 min de lecture
Et si nous cessions enfin de faire comme si tout allait bien ?
Derrière les sourires polis, les “ça va” mécaniques et les plannings parfaitement tenus, combien de femmes s’effondrent en silence ?
Aujourd’hui, je veux parler de ce qui ne se dit pas assez dans les organisations, et encore moins dans les bilans sociaux : la surcharge invisible qui pèse sur les épaules des femmes au travail.
Cette fatigue qui ne fait pas de bruit, mais qui consume de l’intérieur.
Cette tension permanente entre exigences professionnelles, responsabilités personnelles et injonctions contradictoires.
Cette charge mentale, à la fois collective et profondément intime.
La charge mentale, c’est politique
On l’a longtemps cantonnée à la sphère domestique.
Mais dans le monde professionnel, elle est omniprésente :
anticiper les besoins de l’équipe, gérer les tensions relationnelles, penser aux autres avant soi, rester “agréable”, tout en répondant aux attentes de la hiérarchie.
C’est aussi être la “bonne collègue”, la “manager bienveillante”, la “pilier fiable”, sans jamais vaciller.
Or, cette pression constante à tenir, à endosser plusieurs rôles à la fois, épuise les corps, fragilise les esprits et engendre des risques psychosociaux profonds.
Le paradoxe silencieux : performantes mais fragilisées
Ce n’est pas un manque de compétence.
Ce n’est pas une fragilité naturelle.
C’est une usure systémique, nourrie par des environnements de travail qui valorisent la disponibilité permanente, la loyauté sans faille, la performance linéaire… au détriment de l’équilibre et de la santé.
Et quand la souffrance se manifeste — troubles du sommeil, douleurs chroniques, anxiété, burn-out — on en parle comme d’un accident individuel, alors qu’il s’agit souvent de symptômes d’un système désajusté.
Le risque psychosocial n’est pas neutre
Quand on parle de RPS, on oublie trop souvent d’interroger les rapports de genre au travail.
Les femmes sont surreprésentées dans les métiers du soin, de la relation, de la coordination, souvent peu reconnus, mal rémunérés, et pourtant exigeants émotionnellement.
Elles cumulent plus souvent que les hommes les temps partiels subis, la double journée, la charge mentale domestique…
Mais cette réalité ne s’arrête pas à un niveau hiérarchique.
Les femmes dirigeantes aussi sont concernées.
Elles portent d’autres types de charges : la solitude décisionnelle, l’hyperdisponibilité attendue, la peur de faillir, l’injonction à incarner une force constante.
Et bien souvent, elles taisent leur fatigue pour continuer à être “l’exemple”.
Et si le problème venait du modèle lui-même ?
Pendant trop longtemps, les femmes ont été invitées à s’intégrer dans un modèle pensé sans elles.
Un monde professionnel fondé sur la rationalité, la compétition, la linéarité des carrières, la disponibilité ininterrompue, la séparation stricte entre personnel et professionnel.
Aujourd’hui, de plus en plus de femmes ne veulent plus seulement “prendre leur place”.
Elles veulent redéfinir le cadre.
Elles appellent à une autre manière d’habiter le travail :
Où la cyclicité est respectée
Où le lien, l’intuition et la coopération sont reconnus comme leviers de performance
Où la vulnérabilité devient un indicateur de santé et non un défaut à masquer
Où la parole est entendue, et non simplement tolérée
Intégrer le féminin dans le monde du travail, ce n’est pas effacer le masculin.
C’est rétablir un équilibre trop longtemps ignoré.
C’est permettre à tous et toutes – femmes, hommes, salarié·es, dirigeant·es – d’évoluer dans un cadre plus juste, plus souple, plus vivant.
Car lorsque le travail devient un espace d’harmonie plutôt que de tension, ce sont les relations, la créativité, la productivité, la santé collective… qui s’en trouvent transformées.
Ce qu’il faut changer : structurellement et culturellement
Il ne s’agit pas de demander aux femmes de “mieux gérer leur stress” ou de “trouver du temps pour elles”.
Il s’agit de repenser les fondations mêmes du travail.
Cela passe par :
Une vraie prise en compte de la charge mentale et émotionnelle dans les diagnostics RPS
Des espaces de parole réguliers dans les équipes, non jugeants et facilités avec bienveillance
Des politiques RH qui intègrent la pluralité des rythmes, des corps, des vies
Un soutien accru aux femmes à responsabilités, pour qu’elles ne soient plus seules à porter le système
Et surtout, une volonté collective d’initier une transformation culturelle, où les codes du pouvoir, du leadership, de l’engagement soient réécrits à la lumière d’autres formes de sagesse
Ce que je propose
À travers mon travail de coach, consultante et facilitatrice, j’accompagne celles et ceux qui veulent faire bouger les lignes.
Des femmes en transition. Des dirigeant·es en quête de sens. Des collectifs prêts à évoluer.
J’interviens dans les entreprises qui ont le courage de regarder en face ce qui fatigue, ce qui fige, ce qui fait mal — non pour le cacher, mais pour le transformer.
Car derrière chaque épuisement, il y a une alerte.
Et derrière chaque alerte, une possibilité de réinvention.
Et vous ?
À quoi ressemble la charge mentale dans votre quotidien professionnel ?
Quels espaces vous sont proposés pour en parler librement, sans tabou ?
Et si vous pouviez proposer une nouvelle manière d’habiter le travail… que choisiriez-vous d’y faire entrer en premier ?
Je vous invite à réfléchir, à partager, à questionner.
Parce que c’est en parlant vrai que l’on crée du neuf.
Et que les évolutions du monde du travail ne viendront pas d’en haut, mais bien de celles et ceux qui osent imaginer autre chose.
Sophie Briand
Coach – Consultante – Facilitatrice de transformations professionnelles
Pour que les femmes – et les organisations – n’aient plus à choisir entre performance, santé et humanité.


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